Ce matin 2 enseignants de maternelle absents. L’un est en congé paternité, l’autre au fond de son lit. Une troisième est venue travailler malade, elle ne veut pas pénaliser un peu plus le fonctionnement de l’école. Nous lui répétons ce que l’on dit à chaque fois : si tu es malade tu restes chez toi, on se débrouillera. Une sortie est prévue avec la classe du premier, l’aboutissement d’un projet qui a couru sur toute l’année. La veille au soir, je n’ai aucun retour sur d’éventuels remplacement. J’écris un message aux parents de l’enseignante malade, en les alertant sur le risque d’avoir à répartir les effectifs de deux classes sur quatre, soit 10 élèves en plus, soit près de 35 élèves dans chaque classe de maternelle. Je ne dit rien aux parents de la première classe, j’espère qu’une solution se dégagera au matin.
Huit heures. J’ai confirmation par la secrétaire de circonscription qu’il n’y a pas de remplaçant disponible. Je mets un affichage sur un paperboard devant l’entrée de l’école. Nous nous concertons avec les enseignantes. La priorité est donnée aux élèves. Plusieurs pistes pour cela. L’échange de service : une enseignante réparti ses élèves et accompagne la classe en sortie. C’est ce que nous avons fait hier dans un contexte différent. Autre piste : le directeur part en sortie avec la classe. Après avoir déplacé un rendrez-vous d’admission d’un futur élève de PS, je propose cette solution. Il s’exerce dans cette école une solidarité qui est à mettre à l’actif de l’ensemble des éducateurs. Les parents de l’enseignante malade ont joué le jeu, il n’y a que neuf élèves de sa classe présents.
Huit heures quinze, la secrétaire de circonscription me rappelle. Elle et la remplaçante viennent d’apprendre que cette dernière est disponible, faute d’information sur un éventuel remplacement en formation continue. Elle arrivera à l’école avec un peu de retard en raison des délais de route.
Huit heure quarante. La classe est prête à partir. Les enfants ont le sac sur le dos, la casquette vissé sur la tête. Il ne savent rien de tout ce qui se passe autour d’eux, sinon qu’ils partent en sortie au jardin qu’ils connaissent bien. La remplaçante arrive au moment où je m’apprête à partir avec la classe. La journée est lancée.
Cette fois encore, beaucoup d’énergie dépensée sur le terrain pour pallier le manque structurel de personnel enseignant dans le premier degré. Les collègues râlent à juste titre, l’enseignant en congé paternité a averti l’administration longtemps à l’avance de son arrêt. Son remplacement devrait être assuré mais il ne l’est pas. Je suis également mécontent de ces épisodes de non remplacement, car ils altèrent la scolarité des élèves, le fonctionnement de l’école et le moral des collègues. J’ai bien conscience que notre IEN ne peut pas envoyer de remplacement s’il n’en a pas. J’ai l’illusion que si on fait beaucoup de bruit il sera plus enclin à envoyer LE remplaçant qui lui reste ici plutôt qu’ailleurs. Mais ceci est un pis aller. J’ai souvent entendu dire qu’un fonctionnaire est fait pour fonctionner, mais je partage le sentiment que nous sommes livrés à nous mêmes, qu’il s’agit plus de débrouillardise que de fonctionnement et qu’à force de tirer sur la corde celle-ci peut lâcher à tout moment.
L’épisode de ce matin a mobilisé toute mon attention. Sur mon tableau de bord, je l’intègre à la rubrique : « la tâche qui vient supplanter toutes les autres. » Et je passe à la suite.